Rwanda

Répondant à l’appel du Seigneur, le désir de la congrégation de partir au loin rencontre l’attente d’un peuple en détresse, en quête de secours. N’était-ce pas providentiel ? Un terrain bien préparé pour accueillir la semence ! La compassion et la charité du Christ pousse les Sœurs Hospitalières de Fribourg à partir vers un peuple dépourvu de soins. 

« J’ai vu la misère de mon peuple …je l’ai entendu crier…, oui, je connais ses souffrances…va maintenant, je t’envoie… » (Ex 3, 7-10)

Cette semence de vie a été portée et semée sur la terre rwandaise par Sœur Geneviève RUEFF, Sœur Agnès ROTZETTER et Sœur Rita MAGNINTonia LOCATELLI se joint aux Sœurs. C’était une jeune femme italienne laïque. Elle était entrée dans la congrégation et avait fait profession en 1966. En 1969, elle la quitte mais reste très attachée à l’esprit d’hospitalière, jusqu’à souhaiter partir en mission avec les premières Sœurs. Pleines de confiance et de foi, toutes les quatre répondent à l’appel du Seigneur, pour la mission vers une population inconnue et lointaine. Une grande aventure missionnaire de la congrégation !

 Cette précieuse graine semée depuis décembre 1970 a été accueillie, entretenue et continuellement récoltée par le peuple rwandais au fur et à mesure des jours. D’abord à Nyamata, puis Ruhuha, Kabgayi, Muyange, Biruyi et Butare en dernier lieu. Cette dernière est la plus jeune communauté, ouverte en septembre 2016. Les Sœurs rwandaises, animées de cet esprit et du don du Seigneur chaque jour renouvelé, accueillent le Seigneur sous les voiles du Sacrement et sous l’apparence du pauvre1

50 ans se sont déjà écoulés.

Les Sœurs pionnières quittèrent Fribourg en train pour Bruxelles le 14 décembre 1970 à 12h 02 minutes Elles passèrent la nuit du 14 en Belgique, chez les Sœurs de Notre Dame d’Afrique. Elles étaient accompagnées par la Mère Générale, Mère Canisia et Sœur Françoise, son assistante, jusqu’à Bruxelles. Elles atterrissent à Kigali le 16 décembre 1970 à 9h 55 minutes.

A l’aéroport de Kigali, les Sœurs sont chaleureusement attendues par Mgr Perraudin, accompagné d’autres Pères Blancs. Elles font escale à l’évêché pour continuer le chemin vers Nyamata dans l’après-midi. Toujours accompagnées par Mgr Perraudin avec un Père Blanc, elles s’engagent sur la route poussiéreuse de Kigali à Nyamata. A Nyamata, les trois Pères de la paroisse, les enfants de l’école et la population attendent l’arrivée des Sœurs Hospitalières. Les Sœurs sont accueillies au battement du tambour accompagné des chants et beaucoup d’acclamations. C’était émouvant, se souviennent-t-elles. Assez rapidement comme la nuit tombait, Mgr Perraudin et les Pères introduisent les Sœurs dans leur logis. C’était une maison de la mission où avaient habité les premiers Pères de la paroisse.

 L’habitation des Sœurs comprenait quatre chambres, une cuisine et un réduit. Dans la cour, un garage et un magasin. Dans le jardin, quelques bananiers, des orangers et des goyaviers. Un peu à l’écart, une toilette et une douche à la rwandaise. Les Pères de la paroisse avaient mis tout leur cœur et leur soin à préparer les chambres des Sœurs. Il y avait un lit, deux draps, une couverture et un oreiller. Sur la table de nuit, une cuvette, un pot d’eau et un verre. Un petit bureau à tiroirs faisait face à une armoire. Les Sœurs trouvaient qu’elles avaient tout, sauf l’électricité qui était remplacée par des lampes à pétrole et des lampes de poche. Il n’y avait pas d’eau courante non plus. Une citerne d’eau de pluie était mise à leur disposition par les Pères. Les premiers jours, les Sœurs partagent le repas avec les Pères à la paroisse mais envisagent de devenir autonomes dès que possible. 

Quel contraste ! Les Sœurs quittent l’Europe au seuil de l’hiver avec les premiers froids et la neige, et au Rwanda, elles trouvent tout verdoyant : les bananiers qui voisinent avec les orangers et les goyaviers dans leur jardin, les arbres bien feuillus et les cultures de la petite saison de pluie. Beaucoup de fleurs aussi : bougainvillées, hibiscus, acacias, frangipaniers et autres.

Les Sœurs sont donc bien arrivées, bien accueillies et heureuses au pays des mille collines. Là, une petite congrégation fribourgeoise va prendre racine pour secourir les malades, les pauvres et les malheureux. L’arbre dont les racines sont à Beaune va faire pousser de nouvelles branches et s’épanouir dans de nouveaux horizons du Rwanda.


  1. Le désir de Nicolas Rolin ↩︎