LES SŒURS HOSPITALIERES ONT UNE HISTOIRE

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25,40).

Cette parole de l’évangile fut actualisée par nos fondateurs en 1443 à Beaune, à la fin de la guerre de Cent ans qui a laissé beaucoup d’infirmes, d’affamés, de sans-abris, de malades et de pauvres. L’origine de notre congrégation est exceptionnelle : un couple. Nicolas Rolin et sa femme Guigone de Salins, qu’il nommait sa « Seule étoile », ont été choisis et mis à part par le Seigneur pour être témoins de l’amour de Dieu parmi les plus démunis.  

« La charité du Christ nous presse » (2Cor 5,14) 

Pour l’amour de Dieu, le salut de son âme et le service du prochain, Nicolas Rolin avec son épouse, Guigone de Salins, fondent et dotent irrévocablement dans la ville de Beaune un hôpital « Hôtel-Dieu » pour les pauvres malades, avec une chapelle au centre de cet édifice, pour que les malades, de leurs lits, puissent suivre la messe. Cela, en l’honneur du Tout-Puissant et de sa Glorieuse Mère Marie.

Pour que les pauvres puissent être convenablement servis, Nicolas Rolin ordonna que résident dans cet hospice, à ses frais, des femmes dévotes et de bonne conduite, en nombre suffisant pour le service des pauvres. Pour assurer une meilleure organisation et une ligne de conduite conforme à son aspiration, il écrit une règle de vie simple et logique qui fut approuvée par le Pape Pie II en 1459 sans aucun changement. Ce fut la naissance de la congrégation des Sœurs Hospitalières de Beaune.

L’hôpital de Fribourg, nommé hôpital des pauvres malades de Notre Dame de Fribourg est fondé au 13ème   siècle par les bourgeois eux-mêmes. Il était ouvert à toutes les infortunes ; on veut y pratiquer les œuvres de miséricorde : donner le manger à tous ceux qui ont faim, le boire à ceux qui ont soif, le vêtement à ceux qui sont nus ; soigner les malades, donner l’hospitalité, visiter les prisonniers, racheter les captifs, ensevelir les morts. Ces œuvres prennent leur source dans l’Evangile de Saint Matthieu, portant sur « Le jugement dernier » (Mt 25,35-36). Au départ, son organisation était simple. A la tête de l’hôpital, il y avait un maître nommé par la Bourgeoisie de la ville. Dans sa tâche, le maître hospitalier était assisté par sa femme, dite hospitalière, qui, elle, s’occupait de la tenue du grand ménage et dirigeait les servantes.

Avec l’évolution de l’hôpital, au 15ème siècle, l’hôpital a recours à des médecins et à un aumônier pour les soins médicaux et spirituels des malades. En 1778, l’hospitalier déclare à la « Grande Chambre de l’hôpital » : « le nombre des malades est si considérable et le nombre des employés disponibles pour les soigner si peu nombreux malgré l’effort fourni pour les rechercher ». Il y avait à cette époque, en même temps le désir de remplacer les servantes par des religieuses qui soigneraient les malades avec plus de zèle, de dévouement et de véritable charité. C’est ainsi que la Grande Chambre juge nécessaire de faire appel au Directeur de l’hôpital de Sion, d’envoyer la supérieure de ses Sœurs Grises pour faire connaissance avec l’hôpital de Fribourg. Après cette rencontre d’échanges, les autorités de Fribourg prennent la décision de confier la « desservance » de leur établissement aux Sœurs Hospitalières de Sion. Considérant que la communauté des Sœurs Hospitalières de Sion était toute jeune et par conséquent pas en mesure de constituer un groupe de Sœurs suffisamment formées, ils font appel à la population. 

Cinq postulantes consentent à s’engager pour aller à Fribourg. Le Père Schuler, Directeur de l’hôpital de Sion se met immédiatement à les initier à la vie religieuse et au service des malades. Deux d’entre elles vont faire leur noviciat à Pontarlier et trois autres vont rester et faire leur noviciat à Sion, toutes après leur prise d’habit religieux. Tout est aux frais de l’hôpital de Fribourg. Les communautés des Sœurs Hospitalières de Pontarlier et de Sion vivent selon l’esprit des Hospices de Beaune, créés par Nicolas Rolin et Guigone de Salins. Pour le couple, rien n’est trop beau ni de trop pour « nos seigneurs les malades ». Pendant cette période, le curé de l’hôpital de Fribourg prépare et instruit quelques novices à Fribourg.

Au terme de leur formation, ainsi que la finalisation de la construction des logements pour les Sœurs, ce groupe de cinq Sœurs Valaisannes, deux novices Fribourgeoises et deux postulantes qui se joignent à elles constituent la première communauté des Sœurs Hospitalières de Fribourg, en compagnie de sœur Marie-Barbe Antamatten, qui restera plusieurs semaines avec elles avant de retourner dans sa communauté de Sion. Les Sœurs vont se répartir les tâches de l’hôpital pour le service des malades. Le 30 décembre 1781, un mois plus tard, Mgr Jean Nicolas de Montenach érige ce petit groupe de Sœurs en congrégation diocésaine autonome. D’autres jeunes filles vont les rejoindre et la congrégation va grandir pour continuer l’œuvre de Nicolas Rolin et Guigone de Salins : l’accueil du Seigneur sous les voiles du Sacrement et sous l’apparence du pauvre, dans la région fribourgeoise et plus tard sur la terre d’Afrique au Rwanda.

DE FRIBOURG AU RWANDA

Comment naît le désir de partir en mission au loin pour une petite congrégation qui, à l’origine, n’est pas missionnaire ? C’est un appel pressant de l’Eglise qui a rendu les Sœurs sensibles au besoin de l’Eglise des pays pauvres, les plus défavorisés. La décision de partir en mission est prise après environ une dizaine d’années de réflexion et d’approfondissement sur cette nouvelle perspective. Mais partir où et comment ? La congrégation s’ouvre à l’appel du Seigneur. La Supérieure générale, Mère Canisia, reçoit de nombreuses visites de missionnaires, parfois d’évêques missionnaires, en quête de religieuses pour les besoins de leurs diocèses : dispensaires, hôpitaux, cliniques, maternités, écoles et autres.

Le 23 février 1969, Mère Canisia écrit à ses Sœurs en ces termes : « La question des missions nous a toujours préoccupées. Pour plus de précision, Mère Lidwine de la congrégation de Sainte Ursule, de retour de son voyage en Afrique, veut nous donner quelques renseignements au sujet d’une mission au Rwanda. Elle est disposée à venir nous parler et nous montrer des diapositives le jour qui nous conviendra le mieux ». Elle continue : « Mgr Perraudin souhaite vivement avoir 4 ou 5 Religieuses Hospitalières pour le dispensaire de Nyamata près de Kigali, sa résidence épiscopale au Rwanda ». Suite à cette information, chacune est invitée à donner son opinion. Si elle désire s’offrir pour ce poste missionnaire, elle voudra bien en faire la demande par écrit. Toutes ont conscience de l’importance de la décision qui va être prise par la communauté, après avoir invoqué l’Esprit Saint et Notre Dame de Compassion. Il faut que les Sœurs choisies pour dresser leur tente en pays de mission se portent volontaires, car nous ne sommes pas spécifiquement destinées à être envoyées au loin. Pourtant, des chemins se préparent, la terre semble suffisamment labourée pour recevoir la semence qui demande à germer, à grandir et à s’étendre.

Mgr Perraudin, dans sa lettre du 23 janvier 1969, écrit à Mère Canisia, que dans cette région de Nyamata pour plus de 25.000 âmes, il n’y a ni dispensaire ni infirmières qualifiées. Ailleurs, il dira 60.000 personnes. Le nombre est croissant, beaucoup de femmes et d’enfants n’ont personne pour les soigner. Les Pères de la mission distribuent quelques remèdes, mais c’est insignifiant. Oui, il y a un bien immense à faire, ne résistez pas à la charité du Christ qui vous pousse à venir soulager ses membres souffrants et presque abandonnés. 

Le Chapitre général tenu en mars 1969 est décisif. Les Sœurs Hospitalières de Fribourg vont ouvrir une mission au Rwanda. Et c’est dans une totale confiance que Mère Canisia engage 3 Sœurs : Sœur Geneviève, Sœur Agnès et Sœur Rita pour la mission du Rwanda, précisément à Nyamata dans le Bugesera. A Nyamata, ils sont prêts à les accueillir au mois de mai 1970. 

Toute grande réalisation dans l’Eglise doit être marquée par la croix, déclare Mère Canisia à Mgr Perraudin. En effet, la date du départ doit être reportée car l’une des Sœurs désignées a subi une intervention chirurgicale et en même temps il y eut une épidémie de grippe. Les Sœurs profiteront de cette période pour continuer les préparatifs. Elles quitteront la Suisse le 14 décembre 1970 au soir pour arriver à Kigali le 16 décembre 1970 au matin. Action de grâce, foi et confiance sont les sentiments dominants qui caractérisent cette démarche en voie de réalisation en faveur des pauvres du Rwanda. Ce n’est pas le hasard, mais l’œuvre de Dieu, qui, depuis longtemps, préparait ces Sœurs pionnières pour la vie missionnaire.